Créé en 2018 à Lausanne, le Lenni Torgue 5tet est un ensemble de jazz aux influences cosmopolites. Ce projet est l’aboutissement d’un riche parcours à travers de multiple musiques traditionnelles et les musiques savantes occidentales du XXème siècle.

Au départ, il y a une passion pour les musiques traditionnelles issues d’Afrique. Né dans une famille de musiciens, je grandis au carrefour des musiques classiques, du jazz et des musiques afro-cubaines. Ces dernières, j’ai la chance de les découvrir sur place à l’âge de 7 ans. Suite à ce voyage, je débute l’étude des percussions classiques tout en gardant en tête les percussions traditionnelles tout juste découvertes.

Au fur et à mesure des rencontres qui jalonnent mon apprentissage musical, je découvre encore d’autres horizons. La musique du rite initiatique Bwiti de l’ethnie Fang du Gabon sera ma première expérience de fusion d’éléments d’une musique traditionnelle à une œuvre personnelle, composition ou arrangement. Cette première pièce, intitulé « Modal Bwiti », est un arrangement que j’ai réalisé en 2011 pour un trio de jazz. Pièce que j’ai ensuite réadaptée pour la première mouture de mon quintette en 2016.

S’en est suivit la rencontre avec Miguel Ballumbrosio, percussionniste de El Carmen, Lima, ambassadeur de la musique afro-péruvienne. Grace aux découvertes de la tradition africaine du Pérou à travers Miguel d’une part, et celle, indienne des Andes, à travers un ami équatorien, a germé en moi l’idée d’une fusion entre deux cultures géographiquement proches mais historiquement éloignées. L’idée de cette deuxième pièce, intitulée « La Bocina de Los Andes » était de « coller » un rythme traditionnel afro-péruvien, le festejo, sur une chanson traditionnelle andine arrangée pour un quintet de jazz. Créée en 2014, je l’ai également adaptée en 2016 pour mon premier quintette ainsi qu’en 2018 pour la formation actuelle.

En 2014, à la suite de mon premier voyage en Afrique où je découvre la musique traditionnelle mandingue, je déménage à Paris pour poursuivre mon cursus musical. En parallèle à mes études de jazz au conservatoire, j’intègre les classes de percussions traditionnelles sénégalaises de Ivan Ormond et de percussions traditionnelles afro-cubaines de Sebastian Quezada. Ces deux rencontres, autant humaines que musicales, m’ont énormément marqué et sont la base de mes recherches compositionnelles à l’origine de mon quintette.

Ces traditions tambourinaires font partie intégrante de deux cultures bien singulières et sont très différentes dans leur résultat sonore. Pourtant, elles sont venues stimuler en moi des qualités musicales similaires. Organisé autour d’un « chef tambour », d’un leader, un ensemble de batteurs joue sur une déclinaison de tambours d’une même famille permettant ainsi d’obtenir des hauteurs et des sonorités différentes. Essentiellement percussives, ces traditions ont développé une richesse rythmique inouïe, passant très facilement d’un rythme à l’autre, du binaire au ternaire et inversement, d’accelerando en rallentando. Tous ces changements sont principalement initiés par le leader. Ils sont souvent abrupts mais préalablement annoncés par un « appel ». Ce moto perpetuo exige d’une part une extrême réactivité et une attention décuplée, mais également la connaissance d’un « répertoire commun » fait d’appels, de « conversations », de « bàkks », etc.

Le terme bàkk vient de la tradition des tambours sabar du Sénégal. Il désigne une phrase rythmico-mélodique jouée à l’unisson sur l’ensemble des tambours. Ces phrases, précédées ou non par un appel, jalonnent une séquence de jeu et peuvent être jouées à n’importe quel moment quand le rythme le permet. Dès 2016, j’ai voulu essayer d’adapter ce concept à une composition. Etant par essence imprévisibles, je voulais transformer ces bàkks en mélodies afin de rendre la forme de mon morceau plus malléable et changeante. Pour ce faire, j’ai dans un premier temps « mis en mélodie » des bàkks de Doudou Ndiaye Rose. Souvent sans appel, j’en ai créé certains afin de fluidifier le jeu de la composition. Enfin, je les ai intégrés à ma pièce comme des tutti suivant obligatoirement les différents soli. Principalement initiés par le soliste lui-même afin de mettre fin à son propre solo, ils peuvent être également initiés par un autre musicien mettant fin ou non au solo en cours. Ainsi, pensée comme un jeu où la politesse n’est pas de mise, chaque interprétation du morceau est unique, laissée à la fantaisie des musiciens.

Cette troisième pièce s’est tout d’abord intitulée « Doudou’s Got rhythm » puis, après de nombreux ajustements « Pray, Dance & Play ».

Tout comme les bàkks jalonnent une séquence de jeu du sabar, mes expériences d’adaptation d’éléments de musique traditionnelle dans mes compositions jalonnent mon parcours de musicien de jazz. Après avoir longuement étudié le jazz américain des années 1950/60 dès ma prime adolescence, je me plonge véritablement dans la matière du jazz contemporain New yorkais en 2017. Plus tôt, je m’étais initié aux rythmiques impaires grâce notamment à la musique de Dave Holland. Cependant, je n’avais encore jamais analysé ce qui faisait la couleur harmonique de la musique de Ambrose Akinmusire, Walter Smith III, Lionel Loueke, Aaron Parks ou Joshua Redman.
Ces influences, bien que distillées dans l’ensemble de mes compositions, sont particulièrement reconnaissables dans « LCT#1 ».

Pour finir l’historique de mes influences, je commence en 2019 l’étude approfondie de la musique classique occidentale du XXème siècle dans la classe d’analyse contemporaine de William Blank. Ce travail m’a ouvert aux questions de timbre et de texture sonore que j’ai pu expérimenter grâce à l’instrumentation originale de mon quintette. Ainsi, dans la pièce « Ecrin », j’ai allié la flûte au saxophone soprano dans le but de créer un nouveau timbre où les deux instruments ne se distingueraient plus. Au même titre que « Valency », ces deux compositions sont empreintes de la richesse harmonique des préludes pour piano de Claude Debussy mêlée à mes influences du jazz contemporain.
De mon expérience, la curiosité et l’ouverture sur un vaste horizon musical sont des qualités essentielles au musicien compositeur. Une fois assimilées, ces découvertes forment un substrat fertile à la création, qui, nourrie de multiples influences, est le reflet d’une personnalité musicale singulière.

© Lenni Torgue 2020 - RGPD
Conception site : To DiWhite
© Lenni Torgue 2020 - RGPD
Conception site : To DiWhite
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